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BATTEUR MAGAZINE
Abe Cunningham
juin 1998

Attention les oreilles !

Fondateur des Deftones à l'âge de 15 ans, dévoué corps et âmes à son premier amour, ce jeune Californien de Sacramento démontre, neuf ans plus tard, que la réussite n'est pas seulement une question de foi, encore faut-il être pratiquant.

Abe (prononcez abé). Avec un nom pareil, on imagine bien sa sainteté Cunningham en soutane et skateboard patinant au beau milieu de son église. Cette vision peu catholique ne tient pas forçément la rampe, mais elle est révélatrice des métamorphoses dont est capable cet illuminé. Mi-ange, mi-démon. Durant cette sainte interview, posé et recueilli dans sa panoplie de sportswear ; sur scène, possédé et en proie aux flammes sonores de l'enfer. Frère Cunningham ne se fait pas prier pour faire des miracles rythmiques d'une rigueur aussi impénétrable que les voies du Seigneur.
Trois fidèles apôtres l'accompagnent. Deux Mexicains : Chino Moreno, fan de Duran Duran, capable d'incantations divinement inspirées, et Stephen Carpenter, cannonier-guitariste à la précision redoutable, influencé par Depeche Mode. Le troisième homme, Chi Cheng est chinois, bassiste, bouddhiste, choriste et admirateur de Robert Johnson. Bel exemple d'entente multiraciale à la recherche d'authenticité. Aux antipodes des grands guignols de Marilyn Manson, les Deftones donnent ses lettres de noblesse à la musique métal.

 
J'ai la chance de faire ce que j'aime, je ne remercierai jamais assez Dieu pour tout ce qui m'arrive. Je suis en train de vivre le rêve qui animait mes nuits entières.
 

A l'âge de 15 ans, avec le guitariste Stephen Carpenter, tu as formé Deftones, le seul groupe que tu aies connu. Neuf ans après, vous récoltez la reconnaissance du public et de la presse. C'est une belle histoire...
Nous nous sommes rencontrés à l'école et on traînait tout le temps dans le milieu du skate, ce qui nous a rapprochés. Quand nous avons commencé à faire de la musique, c'était sans aucune prétention. Notre intérêt commun pour la musique a toujours été croissant et la communication au sein du groupe n'a cessé d'évoluer. Nous sommes déjà fiers du chemin accompli, mais il reste tellement à faire.

Pendant ton adolescence, abordais-tu la pratique de la batterie en dilettante ou, au contraire, comme un acharné ?
J'ai commencé à jouer de la batterie vers l'âge de 9 ans. Mon père était bassiste et mon beau-père batteur. Ma famille écoutait beaucoup de musique variée et j'ai appris avec des disques. Je suis ce qu'on peut appeler un pur autodidacte. Dès que je sortais de l'école, je me précipitais chez moi pour jouer. La batterie et le skateboard étaient mes seules passions, rien d'autre n'avait d'importance. Je ne faisais même pas attention aux filles ni à l'alcool d'ailleurs. J'étais complètement obsédé et je partageais cette frénésie avec Stephen. C'était une belle période marquée par l'engagement et cela me manque. Mes parents étaient très tolérants, aujourd'hui ils sont plutôt contents du sort de leur "kid".

Quels sont les batteurs qui t'ont donné envie de continuer ?
C'est une question difficile... Mitch Mitchell et Stewart Copeland ont eu une influence dominante. Plus proche de nous, je pourrais citer Matt Cameron, un incroyable batteur, original et instinctif. Pour s'en rendre compte, il suffit d'écouter un album comme "Badmotorfinger" (du groupe Soundgarden. NDR), cela donne une idée de sa conception du rythme.

Ta gestuelle est révélatrice d'une fabuleuse dépense d'énergie. Es-tu toujours à fond ?
Oui, en tout cas j'essaie. C'est probablement l'émotion. Jouer notre musique me rend si heureux que mon corps doit réagir en conséquence.

Chez toi, l'utilisation de la double pédale est parcimonieuse...
Son utilisation à tout bout de champs est un exercice qui ne convient pas à mon jeu ni au groupe. Je l'emploie pour jouer des "fla", c'est bien plus subtil et efficace. Avant, je jouais avec une pédale simple, mais le résultat était évidemment moins tranchant. La double pédale me permet d'accentuer les coups de grosse caisse à des points stratégiques des morceaux.

Marié depuis un an, tu vas devenir papa dans quelques mois. Tu es l'archétype du musicien qui vit bien son époque en enterrant certains mythes archaïques. Réactions ?
Dans le milieu musical, il existera toujours le sexe et la drogue, tout dépend des prédispositions et de l'intégrité des personnes, mais beaucoup de choses ont changé. J'ai la chance de faire ce que j'aime, j'ai rencontré Annalynn, je ne remercierai jamais assez Dieu (de la batterie ? NDR) pour tout ce qui m'arrive. Je suis en train de vivre le rêve qui animait mes nuits entières.

Dans le dernier album, "Around The Fur", ta femme chante avec Chino sur MX. Comment est-ce arrivé ?
Chino voulait une voix féminine pour lui donner la réplique. Il se trouve que le jour où il a eu l'idée, Annalynn était en studio. Au début, très timide, elle avait refusé. Poussée par nous tous, elle a finalement accepté. Chino est attiré par les voix comme PJ Harvey, ça l'inspire.

Parle-nous de ce deuxième album, qui vient confirmer le talent suggéré dans le premier, "Adrenaline" ?
Tous les morceaux proviennent de jams où chacun a proposé ses idées. Nous avons appris à mieux respecter les propositions de chacun, cela nous a améliorés à tous les points de vue. Tout le temps passé ensemble doit être constructif afin de pouvoir nous apprécier davantage. Nous avons travaillé à nouveau avec Terry Date et l'ensemble des chansons me paraît plus spontané que dans le premier album.

Tu parais un garçon aussi sain que ta musique est violente. C'est ce qu'on appelle le paradoxe créatif ?
Peut-être ! Les gens pensent que nous sommes des gars en colère, voire dangereux, c'est absolument faux. Partir en tournée est très fatiguant et l'énergie n'est pas dépensée que sur scène mais aussi en dehors. Mais ce n'est pas notre trait de caractère de jouer les insatisfaits. On prend juste plaisir à se déchaîner en jouant notre musique. C'est une implication sincère.

Trouves-tu le temps pour développer l'approche de ton instrument ?
Non, malheureusement, mais je joue presque tous les soirs, ce qui est une bonne manière d'améliorer la justesse et la régularité des coups, la concentration et la respiration aussi.

Comment expliques-tu que les groupes de Californie soient plus agressifs que ceux de Seattle où la tendance est plus "romantique" ?
Je ne sais pas... Peut-être à cause du temps (rires). En tout cas, Seattle est une ville magnifique où l'on peut respirer la musique dans l'air.

Es-tu attiré par d'autres instruments ?
Oui, la basse et la guitare. Tous les instruments à cordes m'intéressent, mais j'aimerais vraiment savoir jouer de la guitare.

Tu parles souvent de ton guitariste, quelles sont tes relations avec ton bassiste ?
Normalement, le bassiste et le batteur sont la colonne vertébrale de la rythmique d'un groupe. Dans notre cas, c'est impossible car je déteste sa façon de jouer. Il accroche trop les cordes, son jeu est brutal et parfois brouillon. C'est le type de jeu qui a le don de m'agacer, alors je me concentre sur celui de Stephen qui est plus fin et plus précis. Mais bon, Chi est un "cool guy".

Que vas-tu faire de ton temps libre après la tournée ?
Mmm... cuisiner !

Propos recueillis par Pedro Caetano.

 

transcription : Jessie Rumble

 

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